Le cinéma français de nouveau à l’honneur au festival du film documentaire DOXA

La 15e édition du festival du film documentaire DOXA s’est déroulée du 5 au 15 mai 2016.

Festival dans le festival, la deuxième édition du programme French French a de nouveau mis les cinéastes français à l’honneur. Dix films ont été sélectionnés par Thierry Garrel, commissaire du programme, dont une rétrospective de l’œuvre de Claire Simon.

L’édition 2016 a de nouveau connu un vif succès et a posé les jalons d’une troisième édition. Claire Simon a reçu une mention honorable pour Les bois dont les rêves sont faits.

Entrevue avec Thierry Garrel :

Thierry Garrel, Chevalier des Arts et des Lettres, a intégré l’agence nationale Office de Radiodiffusion-Télévision Française (ORTF) à seulement vingt ans et est ensuite devenu le Chef des documentaires et programmes jeunesse à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). Il a également dirigé l’unité de programmes documentaires de La Sept et Arte. Il est aujourd’hui commissaire, conseiller artistique et consultant. C’est d’ailleurs comme cela qu’il a rencontré la directrice du festival Dorothy Woodend, alors qu’ils étaient tous deux jurés d’un festival. Cette année par exemple, M. Garrel l’était à Cannes.

Le programme French French "s’ancre dans la tradition du cinéma français et se veut défenseur de la politique des auteurs". La double utilisation du mot French fait bien référence au français de France. Thierry Garrel précise qu’avec ce programme, il n’y a évidemment pas de connotation nationaliste mais le souhait d’ouvrir une porte au documentaire français en Amérique du Nord.

L’idée de la rétrospective du travail de Claire Simon est venue naturellement à la suite de la master class "impressionnante" que la cinéaste avait donné en 2015. Au cours de la séance, il y eut beaucoup de questions et d’échanges et plusieurs personnes ont ensuite réclamé au DOXA de la faire revenir. Selon Thierry Garrel, Claire Simon est l’une des cinq ou six plus grandes documentaristes contemporaines. Elle est une "figure exemplaire de la tradition du cinéma direct".

M. Garrel insiste également sur la diversité de l’édition 2016 de French French, qui couvre des sujets aussi divers que l’art rupestre, l’une des plus anciennes formes d’art mise en valeur par l’utilisation de technologies 3D, l’environnement ou encore la crise des réfugiés en Europe.

Entrevue avec Claire Simon :

Claire Simon ne s’attendait pas du tout à revenir à DOXA et a été ravie de cette nouvelle invitation.

Chaque documentaire de la rétrospective représente pour la réalisatrice quelque chose qui "ne se voit pas mais qui a à voir avec sa vie". Pour Claire Simon, "un documentaire est la plupart du temps une recherche effrénée, passionnelle, d’une histoire qu’on ne connait pas et qui menace de ne pas apparaître tout au long du film. Tout film documentaire se situe par rapport à ce manque, l’histoire y est l’objet du désir, du cinéaste comme du spectateur."

Après avoir vu Les Patients, Nathalie Baye a écrit à Claire Simon en lui disant qu’elle l’avait trouvé formidable, ce qui a bouleversé la cinéaste et grâce à Dominique Besnéard, le reste des comédiennes a pu être contactées pour Les Bureaux de Dieu.

Pour Les Bois dont les rêves sont faits, son intérêt était "de voir des gens qui jouent, qui jouent à être dans la forêt, qui jouent à quelque chose et tout l’imaginaire qui les traverse" et elle de citer Jean Rouch : "(ce que j’aime dans le cinéma), c’est faire comme si".

Si elle devait choisir l’un de ses films ou documentaires pour représenter la France et l’art à la française, elle cite Les Bureaux de Dieu dont le sujet des plannings familiaux une spécificité française mais elle cite également Gare du Nord.

Enfin, le plus beau compliment qu’elle ait entendu à propos du cinéma français était en Angleterre par Shawn McAllister, très souvent primé lui-même, commentant sur Mimi et Coûte que coûte en disant que c’est "génial" et que lui ne pourrait se le permettre dans son pays car il ne trouverait jamais le financement.

Claire Simon dans la presse (en anglais)

  • Article dans The Georgia Straight, Lucy Lau, 4 mai 2016
  • Critique de Les Patients, The Georgia Straight, Lucy Lau, 6 mai 2016
  • Critique de Récréations, The Georgia Straight, Lucy Lau, 6 mai 2016

Entrevue avec Antoine Boutet :

Pour rendre compte de la rapide urbanisation de la Chine, de son développement effréné et des déplacements de la population, le réalisateur a choisi de suivre la construction du Nan Shui Bei Diao - Sud Eau Nord Déplacer - le plus grand projet de transfert d’eau du monde. Pour le cinéaste, ce film se veut moins une critique qu’une invitation lancée aux gouvernements, à la société civile et aux ONG de prendre conscience des risques liés à ces projets. En effet, les conséquences, "on ne les connait pas encore. Il faudra attendre encore pour voir si cela marche, si l’eau arrive, si elle est potable, combien cela coûte, etc. Cinquante ans d’industrialisation ne peuvent se régler en une seule décennie."

Le réalisateur était ravi d’être invité au DOXA car Vancouver compte une très forte population asiatique et il attendait avec impatience de rencontrer les Chinois de la ville. C’est l’un des souhaits qu’il a avec ce film : "amener l’information à la population chinoise" mais de son aveu, il n’est pas évident de les faire venir.

Questionné sur l’image du cinéma français perçue à l’étranger lors de ses projections internationales, il raconte qu’en Chine, la jeune génération a une affection particulière pour les années 70, quoiqu’ils mettent pêle-mêle Jean-Luc Godard et Sophie Marceau, dont ils adorent les films.

Antoine Boutet à la radio

  • Le plus gros chantier de transfert d’eau au monde, émission de radio Boulevard du Pacifique sur Radio Canada, 6 mai 2016

Entrevue avec Jean-Michel Geneste :

Que ce soit récemment au Getty à Los Angeles, à Vancouver ou bien partout ailleurs, Jean-Michel Geneste explique que "où que l’on présente le film, le public a tendance à réagir de la même manière", il y a une même réaction globale. "Le public pose des questions principalement sur le contenu des œuvres qu’il voit, et non sur l’utilisation de la technologie 3D ». Il y a de toute évidence une volonté de comprendre le sens des œuvres archéologiques. Pour lui, cela signifie que l’objectif est atteint : le public ne s’intéresse qu’à l’œuvre d’art et le moyen utilisé n’entrave pas le message. "C’est le passé de notre propre humanité qui est immédiatement capté".

En tant qu’archéologue, la volonté derrière ce documentaire était de véritablement partager avec le public la connaissance car ce "savoir a tendance à être compartimenté, c’est-à-dire dans le monde scientifique, et pas assez divulgué".

Concernant l’utilisation de cette technologie et de la 3D, il avoue être "un peu remis en cause" en France et critiqué d’utiliser des procédés ou musiques trop modernes, d’avoir une créativité contemporaine plutôt que "de rester un archéologue qui n’est là que pour restituer la vie de ces hommes et femmes avec les moyens du passé".

Il indique cependant qu’il a justement, "par choix idéologique et intellectuel, "décidé de pratiquer une archéologie qui permet de réinsérer le passé dans les outils et la décision du choix actuel", et ainsi d’intervenir dans la société contemporaine. "L’archéologie apporte des éléments sur ce qui s’est passé et est porteuse de réflexions pour l’avenir".

Projection en 3D pendant DOXA 2016 - JPEG

En réponse aux questions posées pendant la projection, Jean-Michel Geneste explique que ces peintures sont indispensables à la survie et la cohésion du groupe. C’est une structure de pensée et de croyance de ces hommes préhistoriques, pour la première fois dans l’Histoire de l’homme et qui justement devient Histoire, leur histoire.

La "conception intellectuelle" est la raison d’être de l’archéologie notera-t-il par rapport au travail de reconstruction et compréhension effectué sur chaque site.

Jean-Michel Geneste à la radio

  • Voir la grotte de Chauvet-Pont d’Arc comme si on y était, émission de radio Phare Ouest sur Radio Canada, le 9 mai 2016

Entrevue avec Nathalie Loubeyre :

Le documentaire de Nathalie Loubeyre a été tourné il y a trois ans, avant que la crise des migrants ne prenne l’ampleur que nous connaissons aujourd’hui.

La réalisatrice a reçu avec plaisir cette invitation qui marque sa première en Amérique du Nord et parce que la thématique du sujet fait écho à la situation entre les Etats-Unis et le Mexique. Son documentaire No Comment, grand prix du Festival International du Film des Droits de l’Homme remis par l’ancien diplomate émérite et résistant Stephane Hessel, porte sur le sujet de la migration également et projeté aux Etats-Unis à l’époque, avait été remarqué. Du fait des récents évènements en Syrie par exemple, elle précise qu’aujourd’hui le public est beaucoup mieux informé. Pour La mécanique des flux, elle s’attend à ce que le public soit "surpris par les valeurs actuelles de l’Europe".

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C’est moins par militantisme que pour donner la parole que Nathalie Loubeyre a suivi ces migrants. Et ce, pour faire changer la perception de ces hommes et femmes, leur rendre une dignité, par le "simple fait de leur parler, de les considérer, vous ne vous rendez pas compte du bien que vous leur faites".

"Ils n’ont pour eux que la déclaration des droits de l’Homme" i.e. la liberté de quitter leur pays, quitte à perdre leur vie.

Elle précise être encore en contact avec la plupart d’entre eux car la grande majorité a réussi à rester en Europe et régulariser leur situation.

Article sur La Mécanique des flux

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DOXA 2016 dans la presse

Rappel des documentaires projetés dans le cadre du programme French French :

Le Dernier Passage de Pascal Magontier (Première canadienne) (26min)
Horaires

Entièrement filmé à partir de modélisations en 3D, Le Dernier Passage est un voyage ininterrompu à travers la grotte de Chauvet-Pont d’Arc, restituant l’expérience des premiers humains qui la visitèrent il y a 36000 ans. Découverte en 1994, la grotte de Chauvet-Pont d’Arc s’est révélée exceptionnelle, prodigieuse et somptueusement belle. C’est aujourd’hui un des sanctuaires souterrains les plus anciens au monde jamais découverts.

Le film sera projetté en 3D et suivi d’un exposé détaillé par le Dr. Jean-Michel Geneste et Patricia Marquet Geneste.

Bande annonce

La mécanique des flux de Nathalie Loubeyre (Première canadienne) (85min)
Horaires

Avec un titre délibérément technocratique et des images granuleuses de caméras de surveillance, La Mécanique des Flux est une réponse aux nombreuses façons dont les débats sur l’immigration passent sous silence l’expérience de ceux qui cherchent refuge en Europe ou ailleurs. La réalisatrice mêle documents et témoignages afin de montrer le sinistre tableau de la crise des migrants en Europe et des existences précaires qu’ils mènent. La réalisatrice a également suivi policiers des frontières, travailleurs humanitaires et employés de la morgue pour dépeindre un portrait global.

Le documentaire a reçu le Grand Prix du Jury lycéens et apprentis au Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) ainsi que le prix de Mention spéciale long-métrage du Jury Fleury-Mérogis.

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Sud Eau Nord Déplacer de Antoine Boutet (110min)
Horaires

Dès les premiers plans, le sujet de l’extraordinaire film d’Antoine Boutet est donné : c’est l’échelle. Pour rendre compte de la rapide urbanisation de la Chine, de son développement effréné et des déplacements de la population, le réalisateur a choisi de suivre la construction du Nan Shui Bei Diao - Sud Eau Nord Déplacer - le plus grand projet de transfert d’eau du monde.

Rétrospective Claire Simon

Les patients (75min)
Horaires

Synopsis : L’émouvante dernière tournée d’un médecin. À ses côtés, la réalisatrice capte mille petites et grandes histoires de la souffrance humaine au quotidien. Le docteur Jean-Marie Bouvier est médecin généraliste dans une ville de province. Il doit prendre sa retraite sous peu. Pendant les visites à domicile ou dans son bureau à la médecine du travail, Claire Simon l’a suivi tout au long de son dernier mois de consultations. Un médecin ordinaire, des patients ordinaires ont noué un dialogue extraordinaire pendant 40 ans. “Grandeurs et servitudes” de la médecine générale.

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Le Bois dont les rêves sont faits (144min)
Horaires

Synopsis : Il y a des jours où on n’en peut plus de la ville, où nos yeux ne supportent plus de
ne voir que des immeubles et nos oreilles de n’entendre que des moteurs... Alors on se souvient de la Nature, et on pense au Bois. On passe du trottoir au sentier et nous y voilà ! La rumeur de la ville s’éloigne, on est dans une prairie très loin. C’est la campagne, la forêt, l’enfance qui revient. On y croit, on y est. C’est une illusion vraie, un monde sauvage à portée de main, un lieu pour tous, riches et
pauvres, français et étrangers, homos et hétéros, vieux et jeunes, vieux-jeu ou branchés. Le paradis retrouvé. Qui sait ?

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Mimi (107min)
Horaires

Synopsis : Mimi n’est pas une vedette c’est quelqu’un. J’ai voulu faire un film de la vie de Mimi. De la vie de quelqu’un, donc. M’attacher le plus possible à cette singularité afin d’y rencontrer le romanesque d’une vraie vie. Que j’allais découvrir en la filmant. Là, dans sa ville à Nice, ou à la montagne, au gré des lieux familiers ou inconnus où je l’ai filmée, j’ai attendu que son histoire que je ne connaissais pas encore lui revienne, et qu’elle me raconte les scènes qui composent son roman personnel. (Claire Simon)

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Les bureaux de Dieu (122min)
Horaires

Synopsis : Djamila aimerait prendre la pilule parce que maintenant avec son copain c’est devenu sérieux, La mère de Zoé lui donne des préservatifs mais elle la traite de pute, Nedjma cache ses pilules au dehors, car sa mère fouille dans son sac, Hélène se trouve trop féconde, Clémence a peur , Adeline aurait aimé le garder, Margot aussi. Maria Angela aimerait savoir de qui elle est enceinte, Ana Maria a choisi l’amour et la liberté. Denise, Anne, Marta ,Yasmine, Milena sont les conseillères qui reçoivent, écoutent chacune se demander, comment leur liberté sexuelle est possible. Dans les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on est débordées. On y danse, on y fume sur le balcon, on y vient, incognito, dire son histoire ordinaire ou hallucinante.

Récréations (54min)
Horaires

Synopsis : Il existe une sorte de pays, très petit, si petit qu’il ressemble un peu à une scène de théâtre. Il est habité deux ou trois fois par jour par son peuple. Les habitants sont petits de taille. S’ ils vivent selon des lois, en tout cas, ils n’arrêtent pas de les remettre en cause, et de se battre violemment à ce propos. Ce pays s’appelle "La Cour" et son peuple "Les Enfants". Lorsque "Les Enfants" vont dans "La Cour" ils découvrent, éprouvent la " force des sentiments ou la servitude humaine", on appelle cela, la récréation.

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Coûte que coûte (95min)
Horaires

Syopsis : Produire coûte que coûte ! Sauver la boîte coûte que coûte ! Même si on n’est pas payés tout de suite, continuer coûte que coûte ! Trouver de nouveaux clients coûte que coûte ! De nouveaux fournisseurs coûte que coûte ! Le film raconte l’histoire d’une petite entreprise, toute jeune, où l’on fabrique des plats cuisinés pour les grandes surfaces. Le patron et les employés mènent la guerre économique avec les moyens du bord.

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800 kilomètres de différence (78min)
Horaires

Synopsis : Manon a 15 ans. En vacances, elle a rencontré Greg, 17 ans. Lui habite Claviers, petit village du Haut Var, elle Paris. Greg et Manon sont amoureux. Portrait d’un jeune homme dans le monde qui l’entoure quand sa petite amie est là, quand leur histoire existe et s’affronte à l’histoire et à la géographie.

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Retrouvez toute la programmation sur le site du festival.

A suivre, l’entrevue avec Thierry Garrel sur cette nouvelle édition French French ainsi qu’avec les réalisateurs.

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Dernière modification : 21/06/2016

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