Festival PuSh : les arts du spectacle français mis à l’honneur [en]

Pour la première fois, le festival international des arts de la scène PuSh qui s’est déroulé du 19 janvier au 7 février 2016 à Vancouver, a fait la part belle aux compagnies françaises. Avec plus de 5 spectacles et une quinzaine de représentations, le Spotlight on France réservait bien des surprises.

L’immédiat, par la compagnie Camille Boitel

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Crédits : Vincent Beaume

Un projet inclassable à la frontière du théâtre physique, de la performance et du cirque.

Appuyés sur de l’instable, leur corps s’est habitué au déséquilibre. L’accident s’est incrusté en eux. Ils sont imprévisibles, malades de rythme, grouillants, hilares, à vif. Raconter l’immédiat, c’est peut-être impossible. C’est ça sans doute, cette erreur de départ, qui rend l’aventure jubilatoire.

Acrobate, danseur, comédien, musicien : en véritable artiste de cirque, Camille Boitel est tout cela à la fois. Formé très jeune à l’école de cirque d’Annie Fratellini, Camille Boitel fait ses premières armes d’équilibriste et entend bien apporter sa propre pierre à l’art du cirque.

Ce spectacle évoque des sujets d’actualité comme la société de consommation, la place de l’individu dans un tout social et le rapport au temps. Ce sont majoritairement des objets trouvés dans la rue, un incroyable bric-à-brac, qui constitue le décor. C’est réglé au millimètre près, mais les objets se rebellant parfois, cela reste un exercice périlleux et les six acteurs peuvent s’y blesser ... ainsi en est-il de la condition humaine : le monde s’écroule, et on essaye de s’en sortir quand même... Camille Boitel provoque ainsi un rapport plus politique au théâtre. Son goût pour le catastrophisme et la cacophonie visuelle ne font que confirmer cette impression et l’œuvre reste une fiction savamment orchestrée.

Nous avons rencontré Camille Boitel, créateur du spectacle :

3 représentations, du 4 au 6 février
20 heures, Vancouver Playhouse
600 Hamilton Street, Vancouver

Dans les médias :

Le Temps scellé de Nacera Belaza

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Crédits : Antonin Pons Braley

Il suffit parfois d’un pas pour mettre le monde en marche. Effet papillon au-delà des hypnoses éphémères. Entre spirales silencieuses et ascensions sonores, détonations et retentissements, la danse de Nacera Belaza, mobile au sein même de l’immobilité, transcende désormais les dimensions connues. Langage physique de l’âme, mémoire précieuse du corps ou rituel sacré. Un principe d’unité impose sa présence puis implose sur lui-même avant de disparaître. Ni le temps, ni le lieu ne peuvent alors se séparer, seul le mouvement est maître, il domine et étonne l’espace, réconcilie doucement conscience et chair puis s’efface à la vertical. Quelques traces de lumière, réminiscences souveraines demeurent. Elles brillent et scintillent au bord de l’abîme dans le néant du vide et puis tout recommence. Geste perpétuel, souffle continu, respiration vigilante ou technique d’apnée, le temps scellé dans la lignée des dernières créations de Nacera Belaza laisse résonner plus violemment encore « le vacarme assourdissant de nos existences » dessinant dans une transe sensuelle, le sentier impossible qui mène peut-être à la conscience du monde.

3 représentation du 27 au 29 janvier 2016
20 heures, Scotiabank Dance Centre
677 Davie Street, Vancouver

Vu par Sacékripa

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Crédits : Alexis Dore

Entre le théâtre d’objets, le cirque miniature et le clown involontaire, ce solo met en scène un personnage méticuleux et ordonné à outrance, en proie à ses obsessions dérisoires et anodines.

Lui, c’est un maniaque. Derrière son air sympathique, il cherche à tout contrôler. Il est calme, très calme. Il prend son temps, mais malgré lui tout dérape. Dans ce « spectacle de cirque miniature pour méticuleux exacerbé », Etienne Monceau propose une manipulation intime et intrigante. Que va-t-il arriver à ces objets si ordinaires ? Une tasse, une bouilloire, quelques morceaux de sucre… Petit à petit la tension monte dans cette cérémonie du thé qui balance entre rire et frisson. Ce spectacle muet met en scène avec délicatesse, humour et humanité les petites obsessions quotidiennes, ces petites obsessions qui parfois deviennent maladives et qui, par excès de minutie, finissent par déborder. Ce spectacle muet parle des petites obsessions de tous les jours, qui, par excès de minutie, finissent par faire péter la cocotte.

La compagnie Sacékripa réunit en 2003 cinq artistes circassiens d’horizons différents. Ensemble, ils créent des spectacles à la frontière de plusieurs disciplines, explorant le cirque, la jonglerie, la danse, la manipulation d’objets avec poésie et humour. La compagnie court les rues des festivals, bat les pavés des villes de France et occupe les scènes des théâtres de France et d’Europe. Avec Vu, Etienne Manceau se lance pour la première fois en solo et manipule en miniature avec la rigueur et le sang-froid du jongleur.

Etienne Manceau nous raconte la genèse de son projet artistique :

5 représentations du 20 au 24 janvier 2016,
Performance Works, 1218 Cartwright Street, Granville Island, Vancouver

Dans les médias :

Relative Collider par Liz Santoro et Pierre Godard

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Crédit : Ian Douglas

Chorégraphe et danseuse américaine, Liz Santoro se forme à la Boston Ballet School puis étudie les neurosciences. Elle travaille comme interprète pour, entre autres, Alexandra Bachzetsis, Philipp Gehmacher, Trajal Harrell, Heather Kravas, David Wampach et Ann Liv Young.

Ingénieur de formation, Pierre Godard a exercé plusieurs métiers dans le monde du théâtre après un début de carrière dans la finance. Il s’est également récemment engagé dans une thèse au LIMSI-CNRS, qui porte sur des modèles probabilistes d’alignement utilisés notamment en traduction automatique.

Liz Santoro et Pierre Godard collaborent étroitement depuis plusieurs années. Leur travail, qui examine les rôles performatifs de l’attention et du regard, a été présenté en France, en Europe et aux Etats-Unis.

Quatre interprètes entrent en scène. L’un s’installe derrière un ordinateur et lance un métronome qui délivre son tic-tac répétitif ; les trois autres claquent leurs talons en rythme. Tout commence ainsi très simplement, et se déploiera de la même façon, précise, répétitive et entêtante, avec des variations de plus en plus présentes qui tiennent au développement des combinaisons corporelles et sonores. Car ici les corps sont des conducteurs d’énergie, des « accélérateurs de particules relationnelles » comme l’indique le titre, sollicitant les plaques sensibles constituées par les spectateurs.

C’est tout le riche paradoxe de la pièce de Liz Santoro et Pierre Godard : inviter, à partir d’une structure très définie, à élargir le champ de la perception. Par-delà l’envoûtement et l’énigme de ces figures hypnotiques et intrigantes, s’ouvre ainsi un étonnant espace de liberté.

3 représentations du 4 au 6 janvier
20 heures, Scotiabank Dance Centre
677 Davie Street, Vancouver

Club PuSH The Society as Spectacle, revisited by DJ Spooky

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DJ Spooky est un compositeur et artiste multimedia qui a collaboré avec des artistes tels que Metallica, Steve Reich ou encore Yoko Ono. Il sera rejoint lors de cette soirée Club PuSh par les artistes locaux Peggy Lee et Stefan Smulovitz afin de rendre hommage au fondateur de l’International situationniste Guy Debord. Les 3 artistes revisiteront le film "La Société du Spectacle", constitué de cinéclips et sorti en 1973 qui porte un regard critique sur l’hyperconsommation.

Au travers de la musique électronique - qui peut être prise comme une forme moderne de collage sonore -, Spooky explorera les intersections entre art, média digitaux et politique de la perception. Cette soirée est présentée en partenariat avec la Galerie d’Art de Vancouver dans le cadre de la prochaine exposition MashUp : The Birth of Modern Culture.

L’intégralité de la programmation du festival PuSh est consultable en ligne.

Dernière modification : 06/06/2016

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