Conférence sur la plasticité, mais qu’est-ce donc ?

"Non, je ne suis jamais venue à Vancouver et je suis extrêmement heureuse de découvrir cette cité mythique. J’ai écrit sur les masques indiens de la côte Pacifique dans mon livre La Plasticité au soir de l’écriture (2005) dans lequel je propose une lecture de l’analyse que fait l’anthropologue Claude Lévi-Strauss de ces masques."

La professeure française de philosophie contemporaine Mme Catherine Malabou sera à Vancouver le 23 novembre pour donner une conférence sur la plasticité, dans le cadre du programme French Scholar Lecture Series, co-organisé avec le Peter Wall Institute of Advanced Studies de Vancouver. Elle nous a expliqué le concept et son travail sur la plasticité en amont de sa venue.

Pourriez-vous présenter votre parcours professionnel ?

Je suis une professeure française de philosophie contemporaine. J’ai d’abord enseigné comme maître de conférence à l’université de Paris Nanterre, puis suis partie enseigner comme professeure à L’Université de Kingston au Royaume Uni. Désormais, j’enseigne à mi-temps à Kingston et à mi-temps à l’Université de Californie à Irvine où j’ai été nommée en 2016.

Pourquoi avoir choisi le thème de la "plasticité" ? Et pour les non-érudits, pourriez-vous nous expliquer ce thème ?

Le terme "plasticité" désigne la capacité à recevoir comme à donner la forme. L’argile est un matériau plastique par exemple car elle est malléable. Mais la chirurgie plastique, autre exemple, consiste à donner une forme. On parle aussi en ce sens des arts plastiques ou des artistes plasticiens. J’ai choisi ce terme au départ car j’écrivais ma thèse sur le philosophe allemand Hegel, et j’ai découvert qu’il en faisait le premier un usage philosophique, qui concernait la capacité des sujets à se transformer tout en résistant à la déformation. Une fois que la statue est sculptée, elle ne peut revenir à sa forme initiale. La plasticité, au contraire de la flexibilité, implique donc une certaine forme de résistance. Pouvoir changer tout en restant fidèle à soi, au cours du temps, c’était là mon problème et le sujet de ma thèse.

Quelles sont les implications dans la vie de tous les jours ?

Les implications dans la vie de tous les jours sont très nombreuses. Par exemple, il y a de multiples implications en biologie : la plasticité du cerveau est l’exemple le plus connu. Elle désigne la capacité des connexions à se transformer sous l’effet de l’expérience et du vécu et let fin au dogme du cerveau rigide, formé une fois pour toutes. Le cerveau reste plastique tout au long de la vie, sauf dans les cas de pathologies graves comme Alzheimer. Les maladies du cerveau sont des maladies de la plasticité. Je pense aussi à la plasticité des cellules souches, qui peuvent remplacer les cellules spécialisées en cas de brûlures par exemple. Mais de manière générale, la plasticité est un concept qui recouvre le champ de toutes les métamorphoses possibles et permet d’affirmer qu’aucune identité n’est fixe et prédéterminée : pensons aux identités de genre par exemple.

Êtes vous déjà venue à Vancouver et qu’attendez vous des échanges avec vos collègues canadiens ?

Non, je ne suis jamais venue à Vancouver et je suis extrêmement heureuse de découvrir cette cité mythique. J’ai écrit sur les masques indiens de la côte Pacifique dans mon livre La Plasticité au soir de l’écriture (2005) dans lequel je propose une lecture de l’analyse que fait l’anthropologue Claude Lévi-Strauss de ces masques. J’en parlerai d’ailleurs un peu dans la conférence que je donne le 23 novembre à l’université de Colombie-Britannique. J’attends aussi des échanges fructueux au sujet du cerveau et des recherches actuelles en neurobiologie car je dois intervenir le Samedi 25 novembre dans le cadre du Brain Health Symposium, qui se tiendra aussi à l’Université. Je suis aussi très impatiente de visiter l’exposition "The Beautiful Brain : The Drawings of Santiago Ramon y Cajal".

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La venue de Mme Malabou est soutenue par le service culturel du consulat.

Dernière modification : 27/11/2017

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